Je suis revenue au lycée cette semaine avec une posture un peu différente. J’ai pris mes distances avec l’institution. Pas par colère. Par lucidité. J’ai observé.
J’ai écouté les conversations dans la salle des profs. Les mêmes phrases reviennent. Les mêmes soupirs. Les mêmes colères recyclées. Ça peste, ça radote, ça s’indigne à voix haute. L’injustice. Le manque de moyens. Le mépris ressenti. Tout le monde sait. Tout le monde voit. Tout le monde est en colère.
Et puis, soudain, le chef passe la porte. Ou Monsieur Hubert. Et le volume baisse. Les phrases changent. Les sourires apparaissent. Les postures se redressent. La colère se range. La révolte se tait.
Le troupeau redevient docile.
Les enseignants de service, ceux qui râlent le plus fort entre eux, deviennent mielleux en présence de l’autorité. Ils opinent. Ils acquiescent. Ils plaisantent même parfois. Comme si la colère n’avait jamais existé. Comme si tout allait bien.
C’est fascinant à observer. Et profondément pathétique.
Le proviseur est le chef du troupeau. Monsieur Hubert, le chien de garde. Il veille. Il circule. Il observe. Et si une brebis s’éloigne un peu trop, il aboie. Pas fort. Juste assez pour rappeler à l’ordre.
Et les brebis rentrent dans le rang.
Je suis au milieu de tout ça. Je regarde. Et je me sens étrangère.
Cette semaine, une collègue est venue me parler. Elle subit. Elle aimerait dire les choses. Elle aimerait parler. Elle m’a demandé si je participerais, si elle osait aller plus loin. Je n’ai pas répondu tout de suite. Parce que parler, ici, n’est jamais neutre. Parce que sortir du troupeau a un prix.
Parce qu’on sait très bien comment sont traitées celles qui s’égarent.
Alors je réfléchis.
Je regarde ce théâtre quotidien où tout le monde joue son rôle. La colère sans courage. La soumission déguisée en professionnalisme. Le silence maquillé en loyauté. Et je me dis que ce qui est le plus inquiétant, ce n’est pas le chien qui aboie, ni même le chef du troupeau. C’est le nombre de brebis qui savent… et qui préfèrent continuer à brouter en silence.
Créez votre propre site internet avec Webador